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lundi 24 septembre 2012

ils m'énervent.




Oh ! mais ne croyez pas que je ne peux plus réfléchir ! Je n’ai absolument pas perdu la tête. Hé ! 

Tout est là au creux du cerveau, bien organisé, avec mes colères, mon ressentiment, mon impuissance, mes idées et mes pensées, ce que je m’efforce de dire et ce que je ne peux pas dire et ce que je dois taire, surtout ce que je dois taire, pour l’instant, Hein !
Quand je suis revenu dans les draps blancs de cet hôpital du bout du monde, je n’avais qu’une idée quand je me suis aperçu que le monde avait basculé autour de moi, qu’on me regardait avec un drôle d’air, avec une pitié offensante, c’était celle de disparaître à nouveau dans les limbes profonds d’où l’on m’avait sorti. Parce que là, j’étais bien, aucun souci et surtout pas ces faces de rats qui larmoyaient à mon chevet. 

Leur inquiétude de m’avoir perdu ! ah ! ce que j’en entendais parler, ils ne racontaient que ça. Leurs recherches, l’incompétence de la police, leurs errements et tout le voyage qu’ils ont tracé les uns après les autres jusqu’à moi. Ils m’énervent ! Ils s’en gavent de leur dévouement, ils en rajoutent pour se faire plaindre, pour montrer combien je suis ingrat, difficile, insupportable. D’ailleurs c’est vrai, rien que pour les embêter, j’en rajoute.
Ils m’énervent à un point ! Je les déteste.

D’abord parce qu’ils ne comprennent rien, mais rien de rien.
Leur vue est parfaite, alors que moi à peine si j’arrive à déchiffrer les caractères gras sur les journaux. Remarquez pour ce qu’ils racontent en niaiseries, je ne perds rien, il n’y a que la nécrologie qui me manque un peu, je suis devenu un peu curieux là-dessus après la soixantaine, les potes qui partent, ça fait pleurer mais au fond de soi, on est content d’être encore là. Pas vrai ?

Et puis je capte tout ce qu’on me dit. J’entends bien. Et ils croient que je comprends de travers parce que je ne réponds pas avec cohérence, ou que je n’agis pas selon leur vœux. S’ils savaient ! Des embouchés ! tiens !
Et ils savent pas ces impatients que leurs jambes filent, courent, tracent tous les chemins qu’ils souhaitent, alors que moi je tire dessus, m’aidant d’un bâton la plupart du temps ! Mais j’y arriverai, je recommencerai mes escapades. Ils verront ce que c’est de me perdre vraiment.

Peut-être que je les hais, surtout avec leurs mots clairs qui éclaboussent jusqu’à ma tranquillité. Moi, je cherche les miens, j’en bave de m’écorcher la langue à vouloir dire ce qui est tout à fait limpide dans ma tête. Ce n’est pas un sale accident vasculaire qui va me limiter, non mais !

Non ! je n’ai rien perdu sauf le rire.
Mais il reviendra, ce n’est qu’une question de patience.

Et là, je me souviendrai de tout, surtout de leur façon de me faire croire que je suis devenu fou.

6 commentaires:

  1. J'aime la ténacité de ce personnage... et, tu vois, je ne peux pas te dire quand, mais je sais qu'il y arrivera, à retrouver son sourire... les mots, il les a déjà, même si sa bouche ne les dit pas.

    Je t'embrasse. Passe une belle journée.

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    1. Portrait un peu acide entre ses familiers dévoués et sa colère si grande de ne pouvoir s'exprimer. Quelqu'un que je connais, qui effectivement à retrouver la parole, la marche et le sourire.

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  2. Si j'admire le courage et la ténacité qui opèrent des miracles dans des situations difficiles comme celles que tu décris , par contre j'espère que le Destin ne me mettra pas à l'épreuve - Amicalement à toi chère Montagnarde ;-) des bisous méditerrannéens

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    1. Personne ne souhaite devenir ainsi, c'est si dur de ne plus pouvoir communiquer, ni parler, écrire, lire...
      C'est vrai qu'il faut un sacré courage pour retrouver de l'autonomie.

      Bisous plein.

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  3. C'est dur de se mettre dans la peau de celui qui nous regarde sans pouvoir s'exprimer...et c'est pourtant nécessaire pour tenter une communication malgré tout

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    1. C'est difficile, mais quand on a autour de soi des témoignages, on tente de comprendre cette colère.
      Il faut tellement de patience à l'entourage, et même cette patience l'énerve, d'autant plus quand on a été hyperactif. Une grande solitude s'abat alors, si grande.

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