Clin d’œil à mon ami Vinnce, sur une photo de lui, on avait lancé un atelier écriture à la petite fabrique.
http://idata.over-blog.com/1/61/26/79/gare.jpg
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Je
l’attends. Je me suis garé tout près du bâtiment.
Elle
va surgir d’un instant à l’autre. Je l’imagine déjà avec ses longs cheveux roux
légers et sautillant sur ses épaules menues, son petit air mutin, son manteau
noir trop long, sa sacoche en bandoulière et son ordinateur portable à la main.
Elle se veut femme d’affaires, alors elle claque d’impatience ses talons un peu
hauts, mais elle ressemble encore à une étudiante à peine sortie de
l’université.
Deux
mois que je ne l’ai vue, et encore en courant. Elle court sans cesse, jamais en
repos. Je sais bien que son job l’appelle à travers l’Europe, et comme elle
déteste l’avion, elle en connaît toutes les gares. Combien de fois suis-je venu
ici, dans cette ambiance nauséeuse pour la voir cinq minutes, parfois dix, au
mieux une heure, entre deux trains ? Cette fois elle m’a dit qu’elle
restait quelques jours, alors j’ai réservé dans un manoir proche de la ville de
quoi la régaler en soirée glamour. Ensuite, je la garde, je lui propose ce que
je n’ai jamais osé jusqu’alors.
Je
la garde près de moi, je lui fais un enfant, puis deux, puis trois.
Elle
ne sait pas encore ce que je lui réserve, ou elle fait semblant d’ignorer mes
appels. Il faut dire que je suis timide, et elle est si étincelante que je
perds mes moyens, même au téléphone.
Mais
ce soir, je la garde.
J’observe
dans le rétroviseur, tout est si calme. Passe et repasse devant ma voiture un
vigil qui s’ennuie, un couple de vieux, inquiets, qui se dépêche pour ne pas
rater son train, deux copains très pressés eux aussi.
Enfin
la voilà, je sors de la voiture et lui fais signe, et je vois son sourire
s’élargir et son pas accélérer. Tout un bonheur surgit là au centre de ma
poitrine. Elle est si belle.
On
s’embrasse comme d’habitude, deux vieux copains de cours qui se connaissent
depuis la première année de fac. Mais j’ai peine à comprendre ce qu’elle me
dit. Elle répète :
-
J’ai
une demi-heure devant moi, je dois être à Amsterdam demain matin.
-
Mais
tu devais rester plusieurs jours !
-
Un
imprévu. C’est urgent, tu sais. Viens, on va au café, j’ai laissé ma valise
là-bas. Je te raconte.
Je
suis effondré, tentant de marcher malgré tout dignement. Elle commande deux
cafés et vient s’asseoir près de moi. Elle me prend les mains et comme chaque
fois qu’elle a ce geste, je sais que ce qu’elle va m’apprendre me laminera. Un
nouveau copain, sans doute.
Pire
que ça. Elle raconte qu’elle va se poser définitivement, en Charente, avec
quelqu’un de bien, insiste-elle, elle lâche ce boulot. Elle attend un enfant.
Je
pâlis, et cela doit se voir car elle me tapote sur les mains.
-
Eh !
ça va ?
-
Oui,
bien sûr ! je suis un peu surpris, voilà tout. Je ne t’imagine pas en mère
de famille.
Elle
rit aux éclats, et sa beauté n’en est que plus terrifiante. Et pendant qu’elle
parle, parle, parle de tous ses projets de bonheur, ne serait-ce que la
breloque qui tambourine trop fort à l’intérieur et qui fait mal, je contrôle au
mieux tout le tremblement qui m’envahit.
-
C’est
l’heure, tu m’accompagnes jusqu’au quai ? me demande-t-elle en rassemblant
ses affaires.
-
Tu
sais bien que non, j’ai horreur des quais de gare.
Elle
m’embrasse et s’éloigne vers la sortie. Quand elle se retourne pour m’envoyer
de sa petite main ce joli geste d’adieu qui me poignarde chaque fois, je la
vois à peine. Je crois bien qu’une larme glisse lentement sur ma joue.
Une fin que j'appréhendais dès le début ... Un espoir, des projets " trop " beaux, " trop " fluides. Pas possible qu'il n'y ait pas une anicroche dans ce tableau imaginaire ...
RépondreSupprimerLa désillusion est à la mesure de l'espoir bafoué.
C'est comme un tableau " banal " d'un sentiment amoureux unilatéral, de la clôture d'une amitié, peut-être.
On peut se reconnaître dans l'un ou l'autre des acteurs ...
Bel après-midi, Polly. Pensées affectueuses.
On peut se reconnaître, ou reconnaître l'ami, l'amie, la vie... toutes ces petites banalités qui en font un fleuve pas du tou tranquille.
SupprimerBises à toi et
bon week-end midolu.
Que te dire si ce n'est que ce texte est superbe ?
RépondreSupprimerJ'ai laissé les images se dérouler devant moi, et puis, c'est bête, tu vois, la vie. Il y a souvent un "trop tard" qui détruit le rêve merveilleux que l'on s'était bâti.
Passe une douce soirée. Je t'embrasse fort.
Les rêves restent des rêves, même si parfois on croit encore à l'un d'eux... je regarde les passants, et d'eux et de moi je ne vois que pauvres humains empêtrés dans des chairs mortelles.
SupprimerSi, j'ai le moral! ça s'entend pas?
:)
Bisous plein ma Quichott'
Sourire... Merci pour le tien. :)
SupprimerTu montes cette scene en cinema, ce sera superbe
RépondreSupprimerOn voit tellement les jeux de camera, les plans, les rythmes , c est super
Bonne journee
Felix
Merci Félix, j'ai souvent travaillé sur des scénarii, et je suis ravie de ce que tu dis.
SupprimerLa photo de Vinnce prêtait aussi à installer la caméra....
sourire.
bise.
Boudiou ! Tu as l'art de raconter le pire , le plus cruel ...ça fait mal à lire et donc à imaginer avec toi - Chère Montagnarde que tes textes sont beaux ! il me reste beaucoup à lire , très absente du web c'est un bonheur de te rejoindre dans ce blog déjà si riche d'émotions - je t'envoie un tgv de bisous ensoleillés ;-)
RépondreSupprimerLes relations sont souvent empreintes de cruauté... n'est-ce pas de la part de cette fille un jeu?
SupprimerUn jeu inconscient peut-être, mais elle sait intimement qu'il l'aime.
Je ne la juge pas, elle est un personnage plausible, ainsi que lui. La vie oscille si souvent entre bonheur et déception.
Bisous plein ma Blanche.