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dimanche 19 août 2012

L’acrobate et l'indolent




L'acrobate, c'est celui qui ose.
C'est comme un défi dans sa tête, il veut atteindre cette putain de lune qui ne brille que pour lui.
Il sait qu'il marche au bord du précipice, que si son pied n'accroche pas bien la corde de funambule tendue par lui, et qu'il n'est même pas sûr qu'elle est tout à fait sûre, il tombe. Mais telle n'est pas son intention, il s'est donné les moyens de le réaliser ce défi, sauf qu'il ne les a pas tous en main les moyens, et que c'est ça le risque, tomber.
L'acrobate continue, parce qu'il n'a pas le choix, parce que la vie c'est tout de suite, c'est pas un cadeau pour demain, ce n’est pas le pot-pourri d'hier non plus. C'est juste maintenant ce pas l'un après l'autre, tout seul, fragile et fort en même temps.
Même si sa lune, elle n’est pas bien grosse, pas bien lumineuse, elle est là parce qu'il la désire.
Tu sais, cette lune pour un hémiplégique c'est peut-être juste d'avoir la liberté d'un prisonnier, parce qu'un prisonnier peut se lever de son lit et pisser tout seul. Cette lune pour un prisonnier c'est peut-être juste d'aller pisser dans le coin d'un jardin sans barreau. La lune pour l'utopiste c'est un monde où on pourrait pisser dans n'importe quel jardin, parce qu'il y en aurait plus qu'un seul, un très beau avec des gens partout qui se souriraient et que même plus personne ne mangerait personne.

L'indolent, lui, attend que la lune vienne à lui. Il ne sait pas si elle existe vraiment, il n'a pas de lune à gagner, il n'a pas de corde à tendre. Il est tout avachi devant ses biens de consommation, tout inutile à mastiquer son chewing-gum, tout irrité parce que tout l'irrite, il tourne en rond sur lui-même et voit même pas qu'il n'a pas d'envie, qu'il est sans flux malgré tout son réseau de bienséance qu'il s'est matelassé dans son jardin bien cloisonné. L'indolent ne sait pas qu'il ne sait pas, il croit toujours tout savoir, il a l'esprit petit et l'égoïsme puissant. Il se plaint de tout et se laisse grossir d'amertume.

On est tantôt l'un tantôt l'autre.

Plus souvent indolent qu'acrobate, mais c'est difficile l'acrobatie, il faut de la souplesse dans le corps et dans l'esprit, ça s'apprend ce funambulisme sur  la seule corde qu'on ait : la vie. Quand on se replie, quand on ne désire plus, quand on ne sait plus bien ce qu'on fait par-là, on s'aveulit, on tremble, on s'encoconne, ça floconne dans la cervelle. Tout est inutile, difficile, impossible. 

Puis un jour, peut-être, on a un choc plus révélateur, comme la maladie, ou la perte d'un être qu'on aime, ou encore une rencontre, et l'émotion s'éveille. On voit la lune, elle brille là-bas. On ne sait pas comment aller la chercher encore, mais on tresse déjà la corde dans sa tête.
Le temps désormais devient du maintenant. Et malgré tout ce qu'on peut avoir accumulé de désespoir, désillusion, méfiance, raideur, on tourne la page.

On va en écrire une plus  belle, celle de l'acrobate.
On va oser, et continuer sur la corde, malgré tous les remous qui la secouent.


Voilà, c'était ma minute lyrique pour métaphoriser un peu ces combats qu'on porte malgré tout, cet espoir-là qui nous porte malgré tout, et ce découragement parfois qui nous saisit et nous asphyxie souvent.


un merveilleux exemple d'acrobates...




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