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vendredi 12 octobre 2012

faux départ.

pour la petite fabrique d'écriture, le thème du mois: discuter avec un personnage de roman... Oups! Pas facile!


C'est l'histoire d'un pianiste sur l'océan, né sur le Virginian, un paquebot, en 1900. Adopté par un mécanicien noir, il ne pourra jamais descendre à terre. On ne sait comment il apprend à jouer en virtuose du piano, mais c'est ainsi, c'est le plus grand, c'est Novecento.

Novecento, pianiste (Alessandro Barrico)

Danny Boodmann T.D. Novecento allait descendre du Virginian, dans le port de New-York, un jour de février, après trente deux années passées en mer, il allait descendre à terre pour voir la mer.
Ce fut à la troisième marche qu'il s'arrêta. Brusquement.
Novecento, immobile, un pied sur la deuxième marche et un pied sur la troisième. Il resta comme ça une éternité.


- Novecento avance, lui dis-je de toutes mes faibles forces de lectrice. Tu vas enfin voir la mer, toi qui ne la connais que de ton bateau, tu vas pouvoir l'admirer des plages de sable ou de galets, tu vas pouvoir enfin marcher dans les vagues.
- Je ne peux pas. 
- Que vois-tu qui t'en empêche? 
- Je vois la foule... tous ces gens! Sur le Virginian, il y en a deux mille tout au plus, ici, cette démesure... une fourmilière, comment puis-je me retrouver dans une fourmilière? 
- Mais Elle, tu ne la vois plus? Tu ne veux plus la suivre? 
- Elle a disparu, son chapeau ressemble à tous les chapeaux, elle a disparu de mes yeux, de mes sentiments. Ce n'était qu'une illusion, elles sont toutes si semblables ces femmes en chapeau
- Et la terre, les collines, la verdure, les montagnes, les arbres, Novecento, les arbres et les fleurs sauvages, les animaux... 
- Qu'importe! Je les connais mieux que personne. Depuis tant d'années que je voyage j'en ai entendu des paysages, je les ai si bien imaginés...j'ai peur... 
-Tu as peur? 
- Peur, oui, d'être déçu, et cela pour toujours... 
- Mais Novecento, tente là cette terre, après tu reviendras sur ton bateau. 
- Si je la tente, je la perds à jamais... elle m'enfermera, comme dans une tombe, et dans une tombe, c'est le silence. 
- Le Virginian est tout autant un caveau... Ecoute-moi encore: là-haut, sur le pont Tim te regarde et je vois dans son maintien un espoir, il pense encore que tu vas réussir. Tu vas décevoir ton ami, tu vas tous nous décevoir, quelques-uns se moquent déjà de toi, mais d'autres serrent les poings en espérant que tu franchisses ces dernières marches et qu'enfin tu deviennes l'homme que tu dois être. 
 -Mais je suis déjà l'homme que je dois être, il n'y en a pas d'autre en moi, je suis le pianiste des mers, je ne saurais pas être quelqu'un d'autre. Je fais rêver les passagers, les immigrants tout autant que les premières classes, je les fais valser, chanter, avaler des kilomètres d'eau en pompant leur ennui. Et je rêve avec eux, j'invente leur pays, j'invente leur histoire, je vis à travers eux, quelle autre vie voudrais-tu pour moi? 
 -Je voudrais que tu la retrouves dans la foule, que tu lui prennes la main... 
- Je ne peux pas, tu me fatigues lectrice, et si tu aimes la musique, laisse-moi remonter. 
 -Tu n'entends plus de musique, c'est ça? 
 - Plus une seule note.

Il finit par faire une chose bizarre. Il enleva son chapeau, passa la main par dessus la rampe, et laissa tomber le chapeau.... Novecento remontait ces deux marches, en tournant le dos au monde, avec un drôle de sourire sur le visage. 

 

10 commentaires:

  1. Non pas facile, mais rien à dire tu y parviens avec à propos, l'enchainement se fait tout seul.

    Le rêve perpétuel pour ne pas affronter le réel, c'est une solution...entre deux marches, inconfortable.
    Bises

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    1. Oui, pas facile mais là, Novecento m'a aidée beaucoup... je le connais très bien pour avoir suivi ses déboires et bonheurs avec de nombreux élèves.
      Oui, deux marches et pas plus, ce qu'il voit, entend, ressent, personne ne l'a su, en tous cas il a préféré rester sur son bateau, et il va y rester jusqu'à la fin.
      Cependant, cette tentative va le laisser autre, il y a comme une fêlure désormais chez lui, un rêve cassé.

      Bises Sido.

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  2. Il m'a ravie ton récit , à mon tour j'imaginais et c'est fabuleux ! il paraît isolé mais en fait il ne l'est pas du tout , il a tout intériorisé et vit intensément sa propre Vie - je pense oui qu'il a eu raison de ne pas descendre - refuser de s'affronter à ce dont on pense que cela va détruire quelque part ce qu'il y a de plus beau en souvenirs je l'ai pratiqué et j'ai ainsi gardé intact des lieux et des moments privilègiès , sans pour autant m'enfermer jamais - mes souvenirs sont ma base ;-) je t'embrasse fort chère Montagnarde qui toujours m'émeut

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    1. On ne sait s'il a bien fait ou pas... peut-être aurait-il dû tenter l'expérience de l'amour.
      Mais les voyageurs, eux, furent contents, le plus grand pianiste les a accompagnés encore.

      Gros bisous ma Blanche.

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  3. Pas facile, c'est vrai... Mais comment ne pas résister à l'envie de vous proposer des choses difficiles puisque vous relevez à merveille mes défis ?

    J'ai adoré ton texte, ma Polly... Novecento est de ceux qu'on n'oublie pas.

    Merci !

    Bisous tout plein et douce soirée.

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    1. On ne l'oublie pas, c'est vrai, surtout qu'à l'origine c'est pour le théâtre, et qui a vu Jean-François Balmer sur scène ne peut rester indifférent à ce tangage de la vie, une vie sur l'océan, une musique inoubliable.
      J'ai particulièrement aimé la rencontre avec le narrateur Tim, un soir de tempête, et Novecento enlève les cales du piano et joue pendant que celui-ci va d'un côté, de l'autre... Tim en oublie sa nausée.

      Bises plein ma Quichott'.

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  4. Je suis bien là dans tes lignes ma Polly du tonnerre... merci merci !
    T'embrasse plein @ tout bientôt

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    1. Comme moi dans tes toiles, ma frangine, je me sens à l'aise, dans tous tes bleus, ceux de l'océan, inlassablement.

      Gros bisous.

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  5. Peut-être aurais-je souhaité qu'il tente, qu'il ose ... Mais, le sourire esquissé invite à penser que Novecento est heureux ainsi, et que finalement l'imaginaire, l'attente entretiennent le bonheur mieux que ne pourrait le faire la réalité.
    Je divague (logique, sur un navire) et je n'ai pas lu " Novecento, pianiste ".
    Merci Polly, j'apprécie !
    Bises

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    1. J'aime bien ta divagation, mais c'est ça un personnage fort, il nous touche et on voudrait que... sauf qu'on ne peut l'empêcher de...
      C'est notre propre engagement dans la lecture qui nous permet le mieux de nous connaître, dans des récits, évidemment, ceux qui nous font vibrer.

      Bises plein Midolu.

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