Elle et sa colère, sa fatigue.
Elle tente de calmer l’enfant, il
est tard dans la nuit.
Elle le berce mais d’un bercement
nerveux, trop agité, les cris s’enhardissent, ils sont sans larme.
Ils s’énervent mutuellement.
Elle le repose dans le berceau,
les petits membres se déchaînent et les joues rougissent de rage, la gorge
déploie une énergie terrifiante.
Elle se penche, caresse les
cheveux collés sur le front moite, elle lui parle, il n’entend pas, ni ne la
voit, ni ne la sent vraiment, sa présence n’apaise rien. Elle contrôle
l’agitation qui la prend aussi et tente de masser le petit ventre rond.
Mais l’enfant hoquette toujours,
ses cris l’atteignent au front, stridents, à la limite du supportable, elle
pleure.
Elle saisit l’oreiller et le
plaque contre les cris.
Ne plus les entendre, qu’ils
cessent, qu’ils se taisent et la laissent dormir, juste un peu, juste le temps
de reprendre courage.
Elle appuie sur le visage qui
éructe encore, elle appuie de toutes ses forces.
Elle le sent faiblir enfin.
Il ne dit plus rien, elle soulève
l’oreiller lentement. Les yeux de l’enfant sont emplis de larmes, il est rouge,
il reprend de l’air, suffoque et les cris reviennent.
Elle recommence.
Quand ses petits membres cessent
de s’agiter, sa folie lui paraît toute entière, elle jette l’oreiller dans un
coin de la chambre et s’effondre en pleurs.
L’enfant ne crie plus, il pleure
presque silencieusement, elle le prend dans ses bras et le berce, le berce avec
douceur et douleur.
Peu à peu, il se calme et
s’endort la tête sur son épaule, la jeune nuque
mouillée de toutes les larmes qu’elle a versées.
Cette nuit là, elle reste
éveillée, elle reste ainsi jusqu’au matin l’enfant endormi dans les bras.
Quand elle le pose dans son petit
lit, il est calme et beau. Elle le couvre et sort de la chambre.
Dans l’escalier elle croise le
père, elle ne répond pas à la question qu’elle n’a pas entendue. Elle sort un
bagage, ouvre des tiroirs, entasse des vêtements puis s’habille.
Dans le petit matin frais, elle
s’éloigne une valise à la main.
Partir, pour ne pas aller jusqu'à l'indicible...
RépondreSupprimerElle a fait le bon choix.
Je ne sais que te dire, ce texte me touche profondément.
... Je t'embrasse très fort.
Ce sont des moments difficiles l'arrivée d'un enfant, et je ne me permettrai jamais de juger une mère qui n'en peut plus sous prétexte qu'elle doit être parfaite. Non, cela ne se passe pas aussi joliment dans la vie.
SupprimerJe t'embrasse tendrement.