Histoire vraie, histoire récurrente, elle ou lui, l'un et l'autre, l'humiliation toujours...
Pourquoi?
Apprendre dès l'enfance la différence...
Comment?
Elle est différente.
Elle
s’appuie sur le mur du collège, toute fluette, toute fermée.
Elle
est belle avec sa chevelure blonde et bouclée, ses petites lunettes stylées,
ses bonnes joues d’enfant.
Mais
on se moque d’elle, la joufflue, binoclarde et autres gentillesses.
Elle
a 15 ans, mais en parait moins. Une amie discute avec elle. Elles sont isolées.
Elle sourit rarement, son amie la déride parfois, elles aussi s’amusent au
dénigrement des autres, de tous ces balourds.
Elle
est seule parmi les élèves de sa classe, l’amie a rejoint un autre rang.
L’an
dernier, elles ont fait des fugues ensemble, la maman de son amie a demandé
qu’elles soient séparées. L’an dernier déjà, son comportement révolté
dérangeait, mais c’était un comportement presque acceptable tant il ressemblait
à celui d’une adolescente.
Elle
pénètre silencieuse dans cette salle d’ennui, et ne relâche pas son attention
parce que cette année elle a promis.
Elle
écoute, répond aux questions sans rechigner. Quand les exercices sont terminés,
quand elle a de l’avance, quand elle écoute la leçon, elle ouvre son agenda et
dessine. Des visages, des paysages, un animal, un arbre, selon l’humeur, selon
l’heure, selon les dires.
Elle
est seule et ne parle à personne. Le professeur passe, plante son regard sur
l’agenda, elle ne bronche pas, elle attend la réprimande qui vient.
L’énervement de l’adulte ne l’atteint pas, elle est au-delà. Son regard est
froid, pénétrant, il désarçonne l’adulte.
On
ne l’aime pas. Personne. Ni les surveillantes, ni la CPE, ni les administratifs.
Personne, à peine quelques copines. Trois ou quatre les meilleurs jours.
Sauf
chez elle, sa mère, sa sœur la complice, son tout jeune frère, son beau-père.
Et son père quand elle le retrouve. Parfois.
Elle
est l’aînée. Elle en a trop entendu derrière le dos de sa mère, elle en a trop
vu de ces manigances d’adultes, et sa mère confiante, si confiante, si joyeuse.
Si elle savait sa mère combien elle se laisse avoir, embobiner, manipuler.
Elle
jamais.
Elle
les regarde avec ses petites prunelles de myope. Dures, sans concession.
Lucides trop lucides pour ses 15 ans. Ils ne supportent pas les adultes qu’on
les déshabille de la sorte, qu’on perce en eux les fragilités, les manques, les
incertitudes.
Elle
n’a pas confiance en eux. Elle les glace. Surtout les plus inquiets, les plus
arrogants, les plus prétentieux.
Alors
le conseil de classe, sur un bulletin plus qu’honorable, écrit
« avertissement pour le comportement qui nuit aux résultats ». Sa mère ne comprend pas. Sa mère est
inquiète, elles discutent beaucoup toutes les deux. Elle raconte aussi que depuis
plusieurs jours, de petites cinquièmes en passant près d’elle l’injurient, la
menacent, sa tête ne leur revient pas, c’est tout, c’est juste ça. Elle ne les
connaît pas, elle hausse les épaules, ça leur passera rassure-t-elle, d’autres
qu’elle subissent les mêmes tourments.
Et
pendant cette récréation, une dizaine de ces minettes lui tombe dessus, la
frappe au visage, donne des coups dans le ventre. Ses lunettes tombent. Elle
crie. Une surveillante arrive dispersant la troupe. Elle la saisit par le bras
et dit :
-
Tu l’as bien cherché !
Quand on est pas dans le moule, il faut se battre, avec ses propres armes et c'est tellement difficile que l'enfermement dans sa coquille, est un bon moyen d’auto-défense...
RépondreSupprimerLes adultes passent souvent à côté de ce genre de souffrance...
Oui, je crois que les adultes ne sont pas très forts sur la question. Il y a les émotions que provoquent ces enfants. Je connais Marjo, la communication n'est pas facile avec elle, même aujourd'hui, elle est en licence, c'est une sacrée bosseuse, passionnée, et si entière.
SupprimerOn devrait apprendre dès son plus jeune âge comment vivre avec nos peurs, nos angoisses, nos dégoûts... cela relève d'une meilleure formation des professeurs et d'intégrer la philosophie (non pas la philo livresque) et les sciences (comment ça fonctionne un corps, un cerveau) dès le plus jeune âge.
Les petits enfants sont demandeurs, les goûters philo marchent vraiment bien pour ceux qui ont cette chance-là. Il y a moins de rejets.
La réponse des adultes est inadmissible.
RépondreSupprimerTon texte m'émeut beaucoup. Histoire vraie, si souvent répétée... même avec des enfants plus jeunes.
Je ne sais ce qu'il faudra pour que ça change.
Mais est-il possible que ça change ?
La différence fait toujours peur.
Je t'embrasse très fort. Passe une douce journée.
La différence fait tellement peur qu'elle est la source de tous les maux... Apprendre à se connaître soi, avant d'être lancé comme ça devant des enfants me semble être la première pierre à l'édifice éducateur.
SupprimerMais ça, il faut toute une vie pour le faire :)
J'aime bien la pensée de Pierre Rabhi:
"Par "conscience", j'entends ce lieu intime où chaque être humain peut en toute liberté prendre la mesure de sa responsabilité à l'égard de la vie et définir les engagements actifs que lui inspire une véritable éthique de vie pour lui-même, pour ses semblables, pour la nature et pour les générations à venir."
Il faut cerner ses peurs pour vivre mieux avec soi-même puis avec les autres. Je le crois sincèrement.
Plein de bisous ma Quichott'.
Cela réveille qq souvenirs d'enfance ce que tu évoques-là, ce n'était pas allé jusqu'aux mains mais il y a souvent eu ces mots, ces attitudes qui piquent le coeur lorsque la différence n'était pas acceptée...
RépondreSupprimerT'embrasse ma Polly du tonnerre
Oui, je suppose ma frangine que tu as dû toi aussi en subir quelques-unes de ces humiliations.
SupprimerEt moi, enfant?
Comment j'étais devant la différence?
je me souviens d'une copine espagnole, à l'époque par chez moi les immigrés étaient surtout espagnols, ses longues tresses si denses et cette allumée de maîtresse qui les tirait très fort. Un jour une tresse a valsé dans la fenêtre, un bruit de vitre! Je me souviens!
Remarque elle me tirait tout autant les oreilles et ma queue de cheval, tu comprends je n'étais qu'une fille d'ouvrier!
Je pense qu'on ne voit plus ce genre de choses, mais les dérives existent toujours, elles sont plus insidieuses.
Bisous frangine.