Et il est des soirs où j'aimerais retrouver les syllabes qui font des fleurs dans des lignes un peu tordues, des chemins qui traverseraient la page sans but aucun, juste pour faire joli, un bouquet de rien, de légèreté, de futilité.
Un mot comme ça accroché au ciel, qui veut rêver des soleils, les écouter naître et briller, briller pour tous les vivants.
J'avais
écrit cela, il y a longtemps, et cette pensée revient, lisant Pessoa:
"vivre c'est faire du crochet avec les intentions des autres", on peut
ainsi rêver entre deux boucles de coton, les princes charmants font des
sourires, et les princesses s'agenouillent: vous êtes mon Seigneur,
dit Ariane à Solal (Belle du seigneur de Cohen).
Je suis prise.
Le livre de l'intranquillité de Fernando Pessoa.
Un poète qui s'autobiographie en creux, ce vide entre lui et lui.
Autobiographie sans évènement.
J'entends ce vide de l'entre deux, distanciation, l'autre est Je mais Je est un autre. Jeu ou plutôt la vie. Fabuleux texte, intranquille comme vous l'entendez aussi par mes sensations plutôt que par ma réflexion.
C'est la poésie du vivre.
Hier, j'ai lu ce passage de Pessoa: "parce que j'ai la dimension de ce que je vois". Nos limites.
J'ai longtemps flâné sur le chapitre 39. Il raconte qu'il lève la tête de son existence anonyme, vers la claire connaissance de la façon dont il existe. Où il écrit encore "je n'ai même pas joué un rôle: on l'a joué pour moi; je n'ai pas été non plus acteur: je n'ai été que ses gestes."
Belle lucidité sur notre gestuelle culturelle, sociale, familiale et même individuelle.
édition Christian Bourgeois,
traduit du portugais par Françoise Laye.

Un bouquet de rien est déjà l'amorce d'un bouquet...
RépondreSupprimerVouloir en composer un est déjà le premier pas vers lui, ne t'arrête pas en chemin, demain le bouquet sera vraiment le tien et non celui d'un autre...
En définitive est-on quelqu'un d'autre que celui que l'on construit chaque jour ?
Bien philosophique tout cela mais cela vaut le cout d'y réfléchir...
Que ton bouquet soit joli parce que tu l'auras composé fleur à fleur.
Bonsoir
Oui, c'est philosophique, mais pas tant que ça: on est le lien qui nous rattache aux autres (sur les épaules de Darwin, Jean-Claude Ameisen sur France Inter le samedi à 11h).
RépondreSupprimerPessoa écrit ceci:
« Nombreux sont ceux qui vivent en nous ;
Si je pense, si je ressens, j’ignore
Qui est celui qui pense, qui ressent.
Je suis seulement le lieu
Où l’on pense, où l’on ressent.. »
Ceci dit, bien sûr que je vais essayer de faire mes bouquets, même de rien, sauf que je lis, et ce que je lis me touche, alors parfois je me demande si vraiment je dois continuer à écrire.
:)
Bisous Annick
l'un n'empêche pas l'autre...
RépondreSupprimercontinuer ce qui te fait plaisir et te permet de t'épanouir, d'avancer en quelque sorte...
Oui, Annick, l'un n'empêche pas l'autre, et écrire c'est respirer à sa manière. Je ne vais pas arrêter, sauf quand je lis... là, j'ai un blocage, ou alors j'écris sur ce que je lis.
Supprimer:)
bisous plein.
Ma chère Polly,
RépondreSupprimerIl ne faut jamais arrêter d'écrire.
...ça c'est le tout début du roman que j'écrirai un jour, si j'en ai le temps. :)
C'est aussi ce que je dis à ceux qui me disent "à quoi bon ?" parce qu'ils ne font pas de musique comme les grands solistes, qu'il ne sont pas de ceux dont les tableaux ornent les musées...
J'ai "rencontré" Pessoa lorsque j'étais en faculté... ma première année. Je commençais le portugais. Je ne comprenais pas "tout", mais j'étais subjuguée par cet être qui se dédoublait à volonté, qui savait être à la fois "personne" et tous... cet être qui savait créer ses "autres lui" mieux que personne, à un point tel qu'on avait même inventé un mot rien que pour lui. Pessoa et ses hétéronymes m'ont tout de suite plu.
Je n'étais pas à même alors de lire du Bernardo Soares... donc, "O Livro do desassossego" est resté sur les étagères de la Bibliothèque universitaire.
Je me jetais sur les recueils de poèmes d'Alvaro de Campos, mes préférés, mais pas seulement.
(http://quichottine.over-blog.com/article-fernando-pessoa-2-62742836.html)
Je ne connais pas assez le portugais pour lire le livre en VO, je ne crois pas... mais je sais que j'essaierai, parce qu'il y a dans cette langue plus que je ne saurais jamais traduire. Une atmosphère incroyable que j'ai retrouvé dans la musique de là-bas, celle que j'écoutais jouée à la guitare ou chantée par des voix si chaudes et profondes qu'elles me faisaient pleurer.
J'aime l'idée de ce crochet qui fait de la dentelle avec les vies des autres...
J'aime ces mots et ces vides entrelacés dans ces poèmes que je lis encore avec la même émotion.
Mais cela ne doit jamais empêcher d'écrire, d'atteindre son propre "moi" de l'écriture, des pensées, de sa vie à soi.
Il y aura toujours quelqu'un qui aura peut-être mieux dit, mieux peint, mieux sculpté, mieux... tout.
Mais ces verbes que nous faisons vivre, nous font vivre aussi.
C'est important, sais-tu ?
C'est le plus important.
Et lorsque les mots que tu écris appellent, emportent, émeuvent, comme les tiens, c'est qu'ils n'ont pas été vains.
Passe une douce journée. Je t'embrasse très fort.
Merci Quichottine pour ce long commentaire et tes mots qui rassurent.
SupprimerIl est évident que l'écriture ne me quittera pas, elle revient toujours me taquiner, et je reprendrai l'ouvrage laissé, comme j'ai parfois laissé des tricots longtemps avant de les reprendre et de les terminer... je me souviens de ce temps où seules les aiguilles dans leur tic-tac monotone me servaient de lignes.
Je n'écrivais plus alors... trop de soucis dans la vie, trop de quotidien, des heures qui ne m'appartenaient pas. Le stylo ne servait qu'aux corrections et aux préparations...
J'irai relire tes articles sur Pessoa.
Il est dans l'intranquillité, non pas dérangeant, mais si peu heureux de vivre. Cet objet qu'il décrit semble dépourvu de vitalité, d'espoir, de vivacité, il est dans la morne pesanteur des jours qui passent.
Cependant, je ne le trouve pas pessimiste, son analyse me touche parce qu'elle touche l'émotion même de vivre.
Oulalala!
Et me voilà partie!
Chut!
Je t'embrasse très fort ma Quichott"
Je l'ai lu il ya plusieurs années...et je l'ai beaucoup aimé ce livre..il faudra que je le relise
RépondreSupprimerOn peut le relire comme ça, une page de ci, de là, c'est toujours prenant. Pour l'instant je lis tout, mais je pense que comme les essais de Montaigne, il restera à portée de main.
SupprimerQuelque part cela fait référence au Mektoub qui dit l'Immensité dans laquelle nous vivons , enfin c'est comme ça que je le vois - J'ai tant à lire , tant à écouter ...je vais doucement chère Montagnarde et je t'embrasse en te souhaitant vraiement la pratique d'un peu de méditation chaque jour ...laisser passer les pensées comme des nuages dans le ciel ...c'est vraiement reposant - j'écoute souvent de la musique zen - il faudra que je te fasse un courrier ;-)
RépondreSupprimerLa méditation, je n'y arrive pas encore tout à fait...
SupprimerMais la sérénité vient doucement.
Et Pessoa, peut-être y est pour beaucoup.
Je t'embrasse pareil, chère Marseillaise.
:)