Sur une consigne de Quichottine, à la petite fabrique... je n'ai pas la photo du mur peint sur laquelle on devait imaginer cette place... Mais est-ce si important, toutes les places peuvent être habitées de nos divagations.
En bas, dans la rue, les passants
sont étranges.
Ils se promènent sans tête, ils
vont, ils viennent et ne regardent rien. Normal puisqu’ils n’ont pas de tête,
sauf que ça ne veut pas dire qu’ils n’ont pas d’œil ni d’oreille, tout est
caché sous un chapeau de solitude et de pensées vaines et tristes.
Nous, ici, sur cette place de
l’imaginaire, on se connait tous, plus ou moins bien, mais tous un peu. On se
raconte des histoires, et quelquefois des secrets : on rit, on pleure, on
partage, selon l’humeur, la joie et la colère aussi. Parfois on porte des robes
de fée, des chaussons de lutin, des ombrelles, des fleurs dans les cheveux, de
faux-nez, des habits bariolés, des poings levés, des crêtes hérissées… et on se
chatouille les heures avec des vagabondages qui peuplent nos nuits et nos
jours, on vit mille vies au son clair de nos chants.
Cela ne signifie jamais qu’on ne
se soucie pas de ceux de la rue, en bas. Au contraire, on les plaint à ne
jamais lever le nez pour humer l’air d’un ciel inventé, à ne jamais chanter
l’aria qui s’élève d’une marche à l’autre dans le grand escalier de l’évasion, à
ne jamais ouvrir leurs lourds manteaux pour accueillir notre soleil imaginaire.
On les plaint d’être pris dans leurs filets soucieux et leurs grands chagrins
d’adultes. On espère souvent, ne serait-ce qu’une fois seulement, qu’il soulève
leur chapeau d’ennui et redécouvre les étincelles de leur regard d’enfant.
Aujourd’hui, j’ai vu passer un
monsieur si lourd, si pesant, si pâle que je l’ai appelé ; les amis sont
venus en haut des marches et m’ont accompagnée, psalmodiant:
- Venez, montez, venez, montez,
chantions-nous les uns avec les autres, venez, montez…
Il a dû entendre nos murmures car
il a regardé le mur, il s’est approché de lui pendant qu’on continuait notre
appel. Il a secoué la tête :
- ces acouphènes, dit-il, me
rendront fou !
Alors nous avons compris qu’il
entendait, s’il entendait c’est qu’il était prêt à écouter. La voix de mes
compagnons s’éleva, certains trouvèrent leurs instruments dans leur
poche : un harmonica, un pipeau, un minuscule bandonéon.
On a entamé le concerto des jours
heureux.
Vacillant, il s’est appuyé contre
le mur, et son bras puis son corps tout entier a basculé sur les premières
marches de l’escalier, il s’est rattrapé de justesse à la rampe.
Il est monté jusqu’à notre place
de l’imaginaire, lentement, incrédule, peut-être un peu sonné.
Quand il est arrivé près de nous, il a touché
le bras de l’un, la joue de l’autre, les beaux cheveux roux de mon voisin, il a
pris ma main et l’a serrée dans la sienne.
Alors il s’est mis à chanter. Il
avait un timbre grave et doux, sur ses joues brillaient les étoiles du plaisir,
sur les nôtres aussi.
Que j'aime ce moment de partage, Polly !
RépondreSupprimerUne merveille que cette rencontre et tes mots qui m'ont captivée tout de suite.
Il y a toujours celui qui nous retrouve, et que nous retrouvons, avec bonheur !
J'aime cette main et ce chant.
Merci pour tout.
Je t'embrasse très fort. Passe une douce journée.
:)
SupprimerTu vois que cette place on peut l'interpréter différemment, certains pensaient au paradis!
Le paradis des blogs alors.
;)
Bientôt, nous aurons ses mots...
Bisous plein ma Quichott'.
" mille vies ", ça me rappelle Roland Ivy ...
RépondreSupprimerDes hommes, portant chapeaux, et ce sont des tableaux de René Magritte qui s'imposent ...
L'imaginaire n'est pas loin, je divague et je vous rejoins, si vous le voulez bien !
Bonne fin d'année, Polly.
Bises
Évidemment qu'on le veut bien, et Roland qui vient de lâcher son blog, reviendra nous raconter la suite, un jour, j'en suis sûre.
SupprimerMille bisous Midolu.