Vous vouliez une suite?
Bon courage! Et merci de votre présence précieuse.
Finalement,
ma locataire, je la vois peu. Elle est discrète. J’ai appris qu’elle remplaçait
une infirmière en congé maternité au centre de soins. Elle a donc des horaires
un peu spéciaux, elle se lève tôt, elle repart souvent le soir, de même pour
les dimanches. Je continue mon bonhomme de chemin, entre mes promenades, mes
émissions radiophoniques, mes passages chez Jo, de temps à autre des sorties
avec les anciens copains, et quand c’est nécessaire des entretiens syndicaux
avec des petits jeunes qui ont des difficultés avec leur patron. Je vais aussi quelquefois
chez Gina, une italienne au sang chaud, qui me gâte encore de ses tendres
soins, et avec qui j’ai gardé une relation plus qu’amicale. Lorsque mon épouse
est partie, Gina fut la seule à me consoler.
Elle est un peu avachie aujourd’hui, mais je retrouve toujours intact
dans ses yeux clairs, la jeune femme frétillante de mes quarante ans. Elle
avait une chute de reins à damner un saint, et un giron généreux dans lequel je
me suis souvent épanché. Et même si je n’étais pas le seul - elle a toujours eu
beaucoup d’appétit - je sais que je tiens auprès d’elle une place privilégiée. Elle
m’a toujours affirmé que c’était parce que j’étais le meilleur de ses amants,
mais si je fais semblant de la croire c’est pour ne pas entendre les sentiments
qui vont avec. Et comme c’est une Grande Dame, sa pudeur affective m’évite de
répondre à des attentes que je ne peux pas assumer.
Ce
matin, j’entends frapper doucement à ma porte. Je sais que ce ne peut être que
Nathalie sinon on aurait sonné. Elle est habillée d’une petite robe d’été qui
lui va à ravir, légèrement maquillée comme pour une fête. Elle m’invite
solennellement à venir déjeuner chez elle dimanche prochain. Elle s’excuse
presque de ne jamais être revenue depuis un mois qu’elle habite chez moi, et
désire réparer ce manque d’attention de sa part. Elle a également invité Jo et
sa compagne Elisabeth, et une autre amie qu’elle fréquente et que je connais
peut-être. Elle me parle de Cécile Bernard, comme d’un être exquis.
J’acquiesce, Cécile est une de mes anciennes amies, alors je confirme qu’elle
est exquise, et je la vois rougir un brin, ce qui m’amuse. Elle est maintenant embarrassée
par sa proposition, mais elle me soutient que Cécile ne lui a jamais parlé de
moi, et qu’elle semblait contente de venir, sachant que je serais là.
-
Je
n’en doute pas. J’ai gardé de bonnes relations avec elle, ne vous en faites
donc pas !
Nathalie
a un geste délicieux de la main. Quand elle est gênée, elle passe ses doigts
fins dans ses boucles courtes comme pour se défaire de pensées dérangeantes.
Quelques
jours plus tard, après un repas bien arrosé, les langues se délient. Je n’ai
jamais compris l’engouement de Jo pour Elisabeth, que tout le monde appelle
Lisa, sauf moi. Elle est boursouflée et s’obstine à porter des vêtements
ajustés, son visage est sans grâce, mais ce n’est pas tant ce manque de beauté
qui m’embête que sa propension naturelle à ne jamais réfléchir avant de
l’ouvrir. Alors, après le goûteux vin, côte du Rhône, que Nathalie nous a servi
fièrement, car il vient d’un vignoble familial de Condrieu, Elisabeth tente de
me taquiner sur mes amours. Jo lui donne un coup de coude, mais elle l’ignore.
Cécile rit sans arrière pensée, et Nathalie me regarde l’œil curieux.
-
Hé !
Cyril ! Ca fait longtemps qu’on ne te connaît pas de nouvelles conquêtes,
tu baisses on dirait ! Faut savoir Nathalie que notre Cyril est un
bourreau des cœurs. N’est-ce pas
Cécile ?
Cécile a comme un sourire nostalgique
mais répond très prestement qu’elle ne s’est jamais sentie torturée par moi, et
que j’étais un souvenir plutôt joyeux. Un épisode constructif pour elle, une
étape nécessaire. Je la remercie d’un coup d’œil affectueux. Notre rencontre
date d’un certain nombre d’années, elle venait de quitter un époux arrogant, et
avait surtout besoin de consolation.
-
Quand
tu parles de conquête, Elisabeth, je ne me sens pas concerné. Parce que,
vois-tu, la femme, pour moi, n’est pas un terrain de bataille. Bien au
contraire. Je suis peut-être dans la séduction, mais dans une relation, on est
deux. Elle veut ou elle ne veut pas.
-
Et
comme dirait Cioran être persuadé de quoi que ce soit est un exploit inouï.
Et les propos de Jo déclenchent le
rire, car le ton sentencieux sur lequel je tentais de mettre Elisabeth à mal,
n’est pas passé inaperçu. Je suis pris entre la dérision et la vexation, mais
je me laisse aller à la première car elle est bien plus salutaire. Nathalie rit
de bon cœur, elle a un éclat bien personnel, Jo lui-même est sous le charme.
-
Et
toi Nathalie, continue la curieuse, as-tu un amour caché qu’on te voit toujours
seule ?
-
Pas
encore ! répond la coquine. Mais je sens les choses venir doucement.
C’est
Cécile qui prend le relais dans les rires, ce petit vin nous comble. Je
m’interroge, bien sûr, sur ce qui vient doucement, et en un clin d’œil, je
m’aperçois que Jo fait de même, dans nos regards complices se dessinent la
silhouette attirante de Nathalie. Je soupire le premier.
-
Ah !
Jeunesse ! Profitez-en bien.
-
On
en profite, Cyril, ne t’inquiète pas, s’exclame Cécile. Et on évite aussi de ne
pas retomber dans un lit conjugal. Je ne sais plus où j’ai lu que le lit
conjugal est le tombeau de l’amour.
-
Ca
ressemble à du Sacha Guitry.
-
Non,
je ne crois pas me répond Cécile.
-
Oh !
mais je ne suis pas d’accord, dit Elisabeth. D’abord dans un couple il n’y a
pas que le lit.
-
Mais
c’est important, affirmé-je. Bien que je sois resté marié 20 ans, et que
franchement Christine ce n’était pas son truc.
-
Et
moi ce qui m’épate c’est qu’elle en a mis du temps pour partir avec les cornes
qu’elle portait. Ce n’est sans doute pas la raison de son départ.
-
Christine
est partie quand ce fut raisonnable, les garçons étaient autonomes.
-
N’empêche
que ça t’a fait un sacré chagrin, dit Jo. Je n’aurais pas cru que tu serais
autant abattu.
-
La
force de l’habitude, on avait quand même construit quelque chose pendant 20
ans. Elisabeth a raison, dans un couple, il n’y a pas que le lit.
Je parle trop, je vois Nathalie
confuse, un peu décontenancé par ce franc parlé. Elle n’a pas l’habitude de
fréquenter des vieux potes, car les vieux, ils ont moins de réserve quant à
leurs sentiments, ils savent que le chemin est court, ils n’ont plus le temps
de faire des manières, en tous cas, ceux que je connais. Pour faire diversion,
j’enchaîne sur ce que j’ai entendu l’autre jour sur France Inter, avec mon
artisan forgeron, on rigole des dérèglements sexuels cinq minutes, et on s’aperçoit
qu’on écoute tous plus ou moins cette émission.
-
Mermet,
je l’écoutais plus souvent quand il était à 17 heures, maintenant, c’est plus
difficile, dit Nathalie
-
Toi
aussi, tu écoutes?
-
Assez
souvent. J’ai suivi les reportages sur la Chine. Passionnant.
-
As-tu
aussi écouté ceux avec Chomsky ? demande Jo.
-
Je
n’ai pas pu, mais dès que je me reconnecte sur Internet, j’irai sur leur site
et je me rattraperai. Au fait, Cyril, si je demande une ligne téléphonique,
est-ce que ça vous dérange ?
-
Je
ne refuserai rien à une adepte de Mermet. Et toi Cécile, tu écoutes
toujours ? Parce que c’est toi qui m’as initié quand même.
-
Je
ne suis pas « là-bas » tous les jours…
-
Où
tu n’es pas tous les jours ? demande Elisabeth qui revient des toilettes
et qui n’a pas compris de quoi on parlait.
Et les éclats de rires à nouveau
tintent dans la pièce inondée d’une belle lumière d’été. Je propose une
promenade jusqu’à la Méharie,
histoire de nous dégourdir la panse.
Sur le chemin, les trois femmes
marchent devant d’un bon pas. Je suis à la traîne, Jo m’attend. Il s’aperçoit
que je ne suis pas au diapason de cette promenade. En effet, je repense à tout
ce que je viens d’évoquer sur ma vie d’homme marié, père de famille rangé. J’ai
comme un coup de blues, ce n’est jamais bon de se retourner sur ce qui est
irréversible. De plus Didier, mon aîné n’a pas donné signe de vie depuis un bon
mois, je ne parle même pas du petit, il est en Nouvelle Calédonie depuis deux
ans, vit et travaille là-bas, et sans doute ne reviendra pas avant noël. Il m’a
envoyé une jolie carte qui donne envie d’aller nager dans le coin, mais je ne
suis guère sorti du pays, il n’est plus temps de voyager. Jo me demande où j’en
suis et haussant les épaules, je lui réponds que j’attends des nouvelles du
grand.
-
Pourquoi
ne l’appelles-tu pas si tu es inquiet ?
-
J’ai
appelé, j’ai laissé un message. J’ai essayé de joindre Christine aussi, mais
elle ne répond jamais. Je me fais du souci pour rien, il est tellement occupé
entre son travail, ses associations et sa famille que je ne suis pas une
priorité. Je ne lui en veux pas, j’ai fait pareil, sauf que mes vieux
habitaient à côté, c’était plus simple.
-
Bon,
la journée est magnifique, on a devant trois gazelles de choix…
-
Deux.
-
Tu
es dur avec Lisa, elle est un peu lourde je te l’accorde mais y a pas plus
gentille.
-
Donc
tu disais, une journée magnifique et quoi encore ?
-
Nathalie.
-
Quoi
Nathalie ?
-
Oh !
rien, comme ça.
-
Bon,
si tu le dis.
La conversation ne démarre pas comme
Jo le voudrait, je l’entrave. Il boude un peu me devançant pendant une dizaine
de minutes, mais il est incapable de rancune et ralentit le pas pour me laisser
arriver à sa hauteur.
-
D’habitude
tu marches plus allégrement. En plus c’est toi qui as voulu la balade. Tu n’es
vraiment pas dans ton assiette.
-
J’ai
le bilan qui me taquine les méninges.
-
Tu
le feras cette nuit quand tu seras seul, tu auras tout loisir de te plaindre et
pleurer sur ton passé. Profite de l’instant. Je pensais que tu pourrais arriver
à quelque chose avec elle.
-
Tu
te fous de moi.
-
J’ai
l’habitude ?
On s’arrête face à face. Ses yeux
taquins ne lâchent pas les miens et dans les miens je suppose qu’il voit
beaucoup de sombre car il me dit que je devrais me détendre un peu, Gina est
très confortable peut-être, mais il me faudrait un peu de renouveau.
-
Mais
ça ne va pas ! Et je n’ai plus quarante ans, ni même cinquante. La machine
est moins performante. Pauvre fille ! Je ne suis vraiment pas dans cet
état d’esprit.
-
Avoue
qu’elle te plaît bien.
-
Mais
bien sûr ! je ne suis pas aveugle.
-
Et
tu n’es pas si mal. Je veux dire, tu es mince, tu as le cheveu gris mais très
fourni, pas comme moi qui suis presque chauve. Et tu as de l’allure, du
charme.
-
Oh !
mais tu me dragues mon Jo !
-
Au
moins je t’ai fait rire.
C’est en effet moitié rieur, moitié
grave, que nous rejoignons les gentes dames qui nous attendent. J’ai
l’impression d’être un gamin à ses premières sorties, c’est sur ces chemins que
nous croisions les filles au jeune temps, que nous osions leur tirer les
nattes, leur soulever les jupes, et plus tard les culbuter dans les foins. Mais
si ces vieux souvenirs s’enhardissent, ils n’en restent pas moins des contes à
faire crouler de rire les jeunes d’aujourd’hui qui n’ont pas eu la chance de
soulever les jupons, car non seulement elles portent le pantalon, mais elles ne
font aucun mystère de leur diamant entre les cuisses. C’était si bon toutes ces
prémices qui nous donnaient du grain à moudre. On en discute en marchant,
évoquant à tour de rôle nos premières amours. Nathalie n’est pas en reste, elle
vivait en ville, mais à l’époque les terrains vagues servaient de champ :
- on trouvait toujours des occasions de partir à
vélo sur les berges du Rhône. Mais en ville, ajoute-t-elle, on était moins
libre, plus surveillé, surtout les filles. On savait quand même échapper à la
vigilance des parents. Mais nous étions moins précoces que les gosses
d’aujourd’hui.
- Pas sûr ! Conteste Cécile.
- Disons qu’on avait peur d’avoir un
enfant, on était prudente.
Elisabeth, forte de son expérience de
conseillère d’éducation au collège, pense que les jeunes n’ont pas tellement
changé, ils ont tout aussi peur que nous. C’est toujours grave un premier
baiser. Mais c’est vrai que les filles ont des comportements beaucoup plus
délurés, il suffit de demander aux chauffeurs de bus ce qu’ils observent dans
leur rétroviseur. Elle raconte comment, un de ces chauffeurs a arrêté son car
pour faire cesser un chahut. Tout un groupe de gars entourait une fille d’à
peine 13 ans qui faisait une fellation à un des leurs. Elle ajoute combien
cette histoire a perturbé ses collègues et les parents. La gamine n’avait pas
honte du tout, pour elle, ce n’était qu’un jeu comme un autre. Jo refuse de
poursuivre la discussion, il se sent comme démuni, il comprend bien quels
facteurs sociaux sont responsables de cet état des choses, mais ça le rend
malade. Jo est un idéaliste, il aime l’amour par amour. Jamais il ne lui serait
venu à l’idée d’agir comme un seul de ces mômes. Mais je lui rappelle qu’en des
temps comme les nôtres, qui se rapprochent dangereusement des années noires du
XX° siècle, les déviances comportementales ne feront que s’aggraver. Ce qui est
effrayant, c’est qu’elles touchent de plus en plus de jeunes à peine pubères,
et qu’il ne faut pas s’illusionner là-dessus, parce qu’ils reproduisent les
actes des adultes. Nous-mêmes, enfants, que faisions-nous sinon reproduire ce
que nous voyions.
-
Cioran
a raison : « l’homme est inacceptable ».
-
On
peut le changer, dit Nathalie.
-
Ah !
une utopiste, s’exclame Jo.
On
s’arrête tous entourant Nathalie, un peu intimidée. Elle a lu des ouvrages qui
soutiennent qu’on a tout faux depuis des siècles à vouloir éduquer nos enfants,
c'est-à-dire les dresser pour qu’ils soient bien conformes à nos attentes.
J’aimerais bien qu’elle continue son explication, elle m’intéresse. Elle ajoute
qu’on ne sait pas combien on a été conditionné dans notre petite enfance, que
nous ne sommes pas des êtres libres, mais malléables, et si faciles à
manipuler. Ca on le savait déjà. Ce qui me passionne est la suite. Mais
Nathalie est au bord des larmes, personne ne comprend trop pourquoi. Cécile
l’entoure de ses bras, et avec Jo et sa compagne, on reste un peu à l’écart,
ennuyés, contrariés et sûrement émus.
Dès
que je suis chez moi, je m’endors une bonne heure. Puis comme la soirée
s’annonce tranquille, je prends sur l’étagère l’un des romans commencé depuis
des siècles et que je lis à petite dose. J’en ai deux qui sommeillent
alternativement : « Vivre pour la raconter », de Gabriel Garcia
Marquez, et « La montagne de l’âme » de Gao Xingjian. Je pense que je
ne les terminerai jamais, je les ouvre, ils me passionnent chaque fois que j’ai
les yeux dedans, puis, pour je ne sais quelle raison je m’en détourne pendant
des mois. Le plus avancé est celui de Garcia Marquez. J’ai relu deux fois son
« Cent ans de solitude », avec le même plaisir, ma première lecture provoqua
une tempête dans ma cervelle, je n’avais jamais rien lu d’aussi foisonnant, joyeux,
dérisoire, fracassant, hilarant et grave à la fois. Je me régale avec son
autobiographie, mais je suis fainéant. J’avance un chapitre ou deux pages,
c’est selon, puis je me prends à rêver. Ce qui est sûr c’est que j’ai chaque
fois l’impression de l’avoir quitté la veille, c’est comme une assurance que la
mémoire fonctionne. Par contre le livre de Gao Xingjian me demande plus
d’efforts, son écriture est magnifique, c’est pourquoi je le saisis le moins
possible, parce qu’à chaque fois je suis comme un étranger dans une contrée inexplorable,
même si je me souviens très bien du personnage et de sa quête, je me perds vite
dans la forêt, tout comme le dernier des personnages que j’ai abandonné en
route. J’admire la couverture du livre exécutée de ses propres pinceaux, qui se
lit à l’endroit ou à l’envers, et de quelle que façon qu’on la regarde surgit
le mystère insondable d’un rocher, une brume, d’un sommet, métaphore d’un
impossible voyage, d’une destinée douloureuse, d’un espoir inaccessible. J’avais
visité son exposition à la charité de Marseille, et je m’en souviens comme d’un
moment éblouissant ; tous ces verts et gris évanescents, jeux de lumières,
jeux d’ombres épinglés aux ouvertures de la coupole blanche me donnaient de la
voltige, j’étais comme sur un fil, le fil tendu de l’éphémère, et de l’intensité
de ces minutes bénies renaît intacte l’émotion éprouvée devant le trait épuré
d’un trajet de vie.
Décidément
ce soir, je ne lirai pas.
Je
vais à la cuisine, sors du réfrigérateur un bout de fromage et tartine une
tranche de cet excellent pain que nous fabrique avec dévotion notre ami
Gabriel. La nuit avance, j’éteins le téléviseur et je retourne dans ma
« bibliothèque », sachant que pour l’instant le sommeil me fuira. J’enfonce
dans l’appareil moderne un CD de Bach, cadeau de mon aîné, et je m’assois. Le
doigté de Glenn Gould m’envoûte suffisamment pour que je cesse de naviguer dans
le passé du présent.
Vers
minuit, j’entends bouger au-dessus de ma tête. Je suppose que Nathalie a une
garde quelconque qui l’oblige à se lever. J’entends ses pas dans l’escalier,
elle frappe chez moi. Surpris, je vais ouvrir et lui permets d’entrer. Elle est
toute chiffonnée, en pyjama. Je suis comme qui dirait désorienté, attendant
quelque explication. Elle a l’air d’une petite fille embarrassée car de sa voix
à peine audible, me demande je ne sais quoi.
Confuse devant ma mine d’incompréhension, elle répète qu’elle a entendu
que j’écoutais de la musique, qu’elle désire rester avec moi un moment pour
écouter ensemble.
-
Vous
n’êtes pas obligé d’accepter, mais… en fait je n’arrive pas à dormir… et je
pensais…
-
Vous
pensiez que je vous tiendrais compagnie. Vous avez tort car je ne suis guère
bavard passé une certaine heure.
-
Oh !
Je ne vous demande pas de parler, ni de m’écouter… seulement d’être là.
-
Bon !
ça ne me paraît pas difficile. Si je m’endors, ne me réveillez pas, c’est
devenu si difficile le sommeil.
Elle
s’installe sur le fauteuil voltaire que Christine a laissé, seul vestige d’un
de ses achats coup de cœur qui encombraient la maison. Elle se glisse de côté,
et plie ses jambes contre elle. Nous nous taisons, absorbés par la légèreté du
toucher de Gould. Cependant sa présence m’éloigne du concerto qui se joue. Je
l’observe clandestinement. Son visage me touche comme la première fois, ce
petit froncement du nez, du sourcil, du front, ce pli sérieux des lèvres. Elle
ferme les yeux, sa joue est appuyée sur le bras droit, lui-même calé sur le
dossier et qui encercle le genou. Elle a un frisson imperceptible de tout le
corps. Je m’inquiète de son confort, et saisis le plaid qui n’est jamais très
loin de mon fauteuil, je me lève et la couvre. Elle sursaute, puis me remercie s’enveloppant
dans la laine.
La
musique s’est tue depuis longtemps quand je m’extrais du moelleux de mon
assise. Je n’ose guère faire de bruit, elle dort profondément. A pas de loup,
je prends ma veste de velours, ma casquette. Mes chaussures à la main j’ouvre
doucement la porte. Je m’équipe sur le palier, et me retrouve sous mes étoiles
préférées.

J'ai tour à tour été amusée,avide de lire les lignes pour connaitre l'enchainement,ri ou souri, et même eu une petite larme à l'évocation de certains passages (je ne dirai pas lesquels).
RépondreSupprimerVraiment tu as un talent d'écrivain Martine : Faire vivre des personnages, leur donner corps, personnalité : bravo.
Je me suis essayée à l'exercice et je tombe toujours dans l'analyse descriptive d'état d'âme, sans pouvoir "faire vivre", installer des dialogues,ce qui est sûrement fastidieux à la lecture pour d'autres que moi !
Bises
merci Sido, je ne sais encore dans quelle aventure je me suis fourvoyée!
SupprimerOn verra!
bises.
Je ne sais pas encore où tu vas aller... mais j'aime ces personnages, leurs incertitudes, leurs secrets.
RépondreSupprimerTu les fais vivre et moi, je regarde, je sens comme un frémissement. C'est comme s'ils étaient là, tout près et que j'entendais leurs voix.
Merci pour cela.
Je voudrais bien que tu y penses encore et que tu continues. :)
Le problème c'est que vont-ils faire? Quelle est l'intrigue? Bien sûr j'ai continué un peu... ça me trotte dans la tête. Je n'ai pas encore tous les éléments pour construire.
SupprimerMoi aussi je les aime bien.
Mais parfois je voudrais qu'ils me foutent la paix.
;)
Bisous plein ma Quichott'
S'ils te foutent la paix, nous ne saurons jamais ce qu'ils avaient à raconter.
SupprimerJe trouve que ce serait dommage.
Bisous tout plein ma belle Amie. Passe une douce soirée.
Je sais bien... mais ce sont quand même des envahisseurs!
SupprimerBisous plein
Quelle densité de Vie dans ce récit ! c'est époustouflant et je le dis d'autant plus volontiers que j'ai été une grande lectrice de très beaux textes ! La tablée où l'on discute...les gestes que tu décris , comme ces doigts fins qui jouent dans les boucles de cheveux , les silences , les sentiments ...en lisant les coms précédents j'ai lu le cri du coeur qui monte : il faut que tu continues chère Montagnarde ! ton talent est très sûr !!! même si je lis moins à présent , dès que j'aborde tes récits je ne puis les lâcher !!! Je suis très heureuse de savoir que tu enrichis ainsi un temps que tu pouvais craindre d'être trop libre ...parce que du boulot eh bien là tu en as pour de bon ! et jusqu'à cent ans si le Destin le permet ! Je t'embrasse fort ;-)
RépondreSupprimer100 ans?
SupprimerCe n'est pas l'avis de mon toubib, figure-toi, qui m'a donné un traitement définitif pour la vingtaine d'années qui arrive!
;)
Je l'ai fait rire d'ailleurs par ma remarque: 20 ans! C'est tout ce que vous me donnez à vivre?
Ceci dit, je continue ma longue, longue, très longue nouvelle, peut-être bien que ça va finir en roman d'ailleurs, j'en suis au chap 11.
Je ne vais pas tout publier ici... quelques extraits sans doute.
Gros bisous à toi ma Blanche.