Parfois je la sens, cette autre.
Cette bouillonnante qui croit que
l’âge ne gâche rien, qu’on va de l’avant, qu’on peut toujours courir, sauter,
danser.
La gosse insupportable qui
voulait tout, tout de suite. L’enfant des champs libérée, qui inventait son
monde entre les ronces, les noisettes, la rivière et l’amour de sa grand-mère. Des
voyages : ses pas dans des déserts, des îles enchantées, une joyeuse
sarabande de toutes les couleurs.
Je la sens, cette autre,
l’enfant.
Ce n’est pas nostalgie, même si
ses amours s’en sont allés jusqu’au cimetière.
Ce n’est pas regret non plus,
parce qu’elle demeure en moi et surgit quelquefois toute fraîche et gambadeuse.
Je me souviens, quand j’étais
toute petite, je ne comprenais pourquoi sur les tombes le mot « regrets »
était gravé.
- Moi, si tu meurs je ne te
regretterai pas, disais-je à ma grand-mère.
- C’est pas très gentil,
répondait-elle. Je ne te manquerai pas ?
- Bien sûr que tu me manqueras,
mais les regrets c’est quand on a été méchante, et toi tu n’es pas méchante.
S’ensuivait une discussion sur le
sens de ce mot que j’interprétais bien autrement, l’enfant savait qu’il fallait
regretter ses bêtises, on le lui disait souvent. Dans sa petite tête le mot
était indissociable de la méchanceté. Et comme la mort était méchante, on ne
pouvait la regretter. C’était compliqué.
Je ne regrette pas l’enfant, mais son insouciance, ses joies, ses jeux
pour de vrai. C’est le moment des mûres, et toujours quand j’en ramasse me
revient la dinette, ces repas de fête avec une cousine, on s’installait sur
l’herbe, on créait notre nappe avec les papillons et les fleurs, on
« faisait semblant de » et on en avait plein les babines.
Je ne regrette pas l’enfance, ce
carcan, les règles des adultes qui nous enferment, ce petit corps qui ne peut
attraper le chocolat trop haut rangé
dans le placard, il faut tirer la chaise, ça fait du bruit une chaise et maman
entend, et maman n’est pas contente.
Danser, sauter, courir,
tourbillonner dans un cerceau… mes jambes dans la tête sont capables encore de
le faire.
Voilà, je danse avec les mots,
c’est plus facile.
Je la sens, cette autre.
Parfois.

Plaisir renouvelé de te lire, d'entendre la valse de tes mots et à découvrir cette autre qui te caractérise si bien...
RépondreSupprimerT'embrasse p'tit Dragon du tonnerre
Je ne sais si elle me caractérise encore, mais il y a d'elle, c'est sûr dans les décisions que je prends!
SupprimerEt vive l'aventure!
Bisous plein frangine.
Et comme je voudrais que cette autre qui est tienne puisse danser avec la mienne à moi..!
RépondreSupprimerQue n'a-t-elle pu accomplir que je ne saurais pas !!!
Continuons de les laisser vivre, ce sont elles qui nous poussent et nous font ce que nous sommes, malgré les carcans de l'enfance, malgré les regrets, les remords...
Je t'embrasse Martine. Passe une douce soirée.
On les a fait danser autour d'une marguerite.
SupprimerOn recommencera parce qu'elles nous guident aussi.
Bisous tendres ma Quichott'
une autre que j'aurais aimé être et qui n'a jamais été, est-il trop tard, sans doute, restent les mots et l'image de ceux que nous avons aimé
RépondreSupprimerj'aime cette grand-mère qui ressemble à la mienne et l'insouciance de ces jeux d'été
je t'embrasse
J'ai eu de la chance dans ma toute petite enfance, avant le déménagement de mes parents (à 5 km, mais à l'époque seul mon grand-père avait une voiture et venait me chercher pour les vacances). Oui, j'ai eu cette chance, cette liberté-là, après... grrr! c'est une autre histoire, une histoire de lutte pour aller gambader avec les copains du quartier!
SupprimerMa grand-mère a été un pilier formidable dans la construction de ma personnalité, et je crois qu'elle l'est toujours.
Bisous plein Aza... j'attends le 3° épisode. :)
Bonjour chère montagnarde - je passe trop rarement mais chaque fois je trouve un billet fort apprécié à plus d'un titre , parce qu'il donne justement à réfléchir , a analyser ( oh le grand mot ) - j'ai beaucoup aimé ! bien sûr qu'elle est en toi cette enfant insouciante , l'âge ne fait rien à l'affaire si on a pu et su rester émerveillée devant les splendeurs de la Nature - quant à la difficulté de vieillir , c'est un peu comme une route ascendante en Montagne , le corps n'a plus toutes les merveilleuses capacités de la jeunesse mais le regards attentifs et les beaux souvenirs sont d'un précieux secours pour accepter de ne plus pouvoir ce qu'on pouvait faire auparavent - je t'embrasse fort - j'ai vu que tu allais sur une autre plateforme ...j'essaierai plus tard inch'Allah
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