Il
est des jours où la tristesse s’impose fortement. Comme disait
Pessoa, « je ne suis pas pessimiste je suis triste ». Elle est
profonde et permanente, souvent elle se tait, se cache, n’envahit pas la beauté
du jour. M’appartient-elle ? Est-elle héritage, non pas de ma seule mère,
mais de tous ces lointains ancêtres qui ont dû pour survivre commettre tant de
massacres, participer à tant de tueries, et porter en eux le lourd tribut de
l’animal humain.
Cette
souffrance qui persévère et dont je ne suis qu’un réceptacle, posé là par le
plus grand des hasards de gamètes.
J’en
suis énervée, irritable, peu aimable.
Silencieuse
aussi, alors je lis.
« Spinoza avait raison ». Antonio Damasio
raconte surtout le proto-soi, le tronc
cérébral, là où agissent les émotions fondamentales qui sont la peur, la
colère, la tristesse, la joie, le dégoût et la surprise… combien peu sont
positives !
Spinoza
écrivait vers 1660 : « Les hommes se trompent
en ce qu'ils se croient libres, cette opinion consiste en cela seul qu'ils sont
conscients de leurs désirs, et ignorants des causes qui les déterminent. »
Alors
je lis : Pessoa.
«... il n’est pas aisé de distinguer l’homme des animaux, et il n’est
pas de critère sûr pour les différencier. La vie humaine s’écoule dans la même
inconscience intime que la vie des animaux. Ces mêmes lois profondes qui
régissent du dehors les instincts des animaux régissent, également du dehors,
l’intelligence de l’homme qui semble n’être qu’un instinct en formation, tout
aussi inconscient que n’importe quel autre instinct, et moins parfait parce
qu’incomplètement formé. »
Vivre
en poésie un peu, juste pour regarder le temps qui fait des courbettes entre
les lignes.
Vivre
en poésie c'est être hors la pensée -ou la raison, comme tu veux-. Ce sont
toujours les fibres atteintes, touchées, blessées du corps qui nous racontent.
"les
émotions proprement dites sont le joyau de la régulation vitale."( A.
Damasio, chapitre 5, l'autre moi-même).
Roudoudou
du silence, je l'écoute: ronflement ici, soupir là, faible chuintement dans
l'arbre à chat, clapotis des touches du clavier. Musique nocturne.
nous ne pouvons tout de même pas porter le poids des massacres et des guerres sur nos épaules
RépondreSupprimermoi aussi je suis irritable, énervée, peu aimable, toujours prête à envoyer dans les cordes ceux qui vivent comme des cons, les hypocrites, les lâches, ceux qui font semblant, qui ne sont jamais là, qui me renvoient de moi une sale image alors qu'ils sont bien souvent pire que moi mais qui le cachent bien et connaissent la mise en mots, la mise en forme de ce qu'il faut dire même s'ils ne connaissent pas la mise en forme de ce qu'il faut faire!
Je ne comprends rien à Spinoza, je n'ai pas lu Pessoa mais je sais juste que je suis dans la dernière ligne droite, celle où je voudrais tant faire et où je pleure chaque jour de me retrouver clouée le cul sur ma chaise à regarder filer le temps et tous ces autres qui me pompent ma vie sans même sans rendre compte, sans me dire merci, sans percevoir cette envie d'être et de vivre
Cela ne sert à rien de ruminer cela, mieux vaut faire avec sans doute mais il y a des jours où ces discours ne marchent pas, l'acceptation, l'amour, la philo, la psycho... mieux vaut écouter son chat ou méditer et se bercer de l'illusion que lui au moins il te comprends!
J'adore ce Loïc Lantoine, lui non plus je ne le connais pas
bises Polly et vive la poésie
J'entends bien ne pas porter tous les massacres des ancêtres! :) Bien sûr que non! Ce que je voulais dire c'est que les émotions dont nous sommes tributaires sont génétiques, imprimées depuis des lustres. Personne n'y échappe, d'où cette souffrance qui surgit d'on ne sait où et qui nous embête parfois.
RépondreSupprimerT'inquiète, je ne comprends rien non plus à Spinoza, mais j'ai eu la chance d'avoir quelques heures de cours sur lui, à l'université inter-âge, et je trouve ses idées pertinentes en ce qui me concerne. Je n'en ferai jamais un dogme, Damasio, le neurologue s'en sert, non pour nous l'expliquer, mais pour chercher ces causes neuronales qui nous déterminent.
Intéressant, vraiment.
Mon chat ne me comprend pas, il ne pense qu'à lui! Mes chiennes sont plus empathiques, elles entendent bien mes états...
J'ai de la chance, je ne suis pas enquiquinée par les uns ou les autres, seule la maison me bouffe mon énergie!
Méditer, c'est le bon truc quand on sait faire. J'avoue avoir un peu de mal, ou alors il me faut être dans les sentiers, près d'une rivière, face aux montagnes, dans les landes de Bretagne, je peux rester des heures à humer le vent et sourire aux herbes et aux fleurs quand elles m'accueillent.
Aujourd'hui je vais prendre le temps et le regarder passer. Repos.
Bisous plein Aza et comme tu dis "vive la poésie".
Il y a des jours de joie et des jours de tristesse, ils sont plus ou moins bien balancés, mais les deux existent... Il y a aussi la poésie, tu l'aimes, je l'aime, nous l'aimons, elle nous aide juste à vivre mieux, à sourire, parfois, sans nous prendre au sérieux...
RépondreSupprimerSurtout ne pas nous prendre au sérieux, même si la poésie saigne parfois des blessures des humains.
SupprimerJ'ai aimé beaucoup, la chanson proposée... il faudra que je la réécoute. Il y avait là beaucoup à découvrir pour moi qui ne la connaissais pas.
RépondreSupprimerOn doit écouter souvent pour ne rien laisser perdre, comme il faut lire et relire aussi, pour mieux comprendre et connaître.
J'ai lu... De Pessoa, je connais les poèmes... pas tous, et la plupart en VO.
Lire en portugais, c'est pour moi garder un peu de mystère, de magie. Je ne comprends pas tout, mais je me laisse porter par ce que je découvre et le dictionnaire est parfois mon ami. :)
Pessoa et ses hétéronymes, c'est tout un monde où j'aime aller, même si j'avoue que j'en sors souvent "nostalgique"... comme lorsque j'écoute des fados.
Je ne me suis jamais demandé pourquoi j'avais recopié les plus tristes, pourquoi je les avais traduits... je sais qu'ils trouvaient en moi un écho, dans sa quête de soi, dans le regard porté sur ce qui l'entourait.
La nature est plus proche de nous. Peut-être parce qu'elle sait nous apaiser si nous prenons le temps de nous y arrêter, de nous appuyer à un arbre, sans rien dire, juste pour écouter le moindre craquement de brindille, le vent dans les feuilles, les oiseaux...
Mais je ne vais rien t'apprendre. Tu sais si bien le faire !
Prends ce temps du repos, Polly. Je sais combien il est important.
Aza m'a beaucoup touchée par son commentaire. C'est vrai qu'il y a aussi ces moments là, où il semble que l'on a mis sa vie "entre parenthèses", pour une raison ou une autre, pour ce que l'on "doit", pas pour ce que l'on "veut", uniquement parce que c'est important pour d'autres et si ce "merci" ne vient pas, c'est aussi qu'il ne faut pas l'attendre.
... même si le temps file et que l'on sait que ces heures passées ne reviendront jamais.
Je t'embrasse, je vous embrasse bien fort.
Merci pour tout.
J'aime bien ce chanteur, ses textes. Pierrot est l'un des plus célèbre, et récemment j'ai découvert "je renais" (sur deezer, hélas, nulle part ailleurs).
SupprimerSouvent "on doit".
Parce que nous sommes des êtres qui pensons à l'humain avant de penser à soi, ou si on pense à soi, c'est de l'humain en soi qu'on cherche.
Cette vie "en parenthèse" est aussi nécessaire.
....et laisser passer les pensees fugaces comme on laisse passer les petits nuages ....
RépondreSupprimerFelix
Savoir les laisser passer.... on le sait qu'ils passent, mais quand ils sont là! Pouh!
Supprimerbise à toi Félix, heureuse de te savoir par là.
suis touchée que malgré tout ce temps tu m'aies gardée dans tes potes :)
RépondreSupprimerbisous
fab
M'enfin Fab!
SupprimerComment t'oublier. Tu fais partie des si belles rencontres.
Elles ne sont tout de même pas légion.
Bisous plein.
Vivre en poésie, c'est tout simplement vivre et savoir regarder autour de nous...
RépondreSupprimersimplement vivre, oui et vivre simplement dans les beautés qui nous sont données mais que parfois j'oublie, trop centrée sur mon insignifiant nombril.
Supprimer:)